Un nouveau think tank est né
L'institut de recherche en économie contemporainedevrait se situer au centre du spectre des idéologies

François Normand
LE DEVOIR

Un nouveau think tank est né. Le néolibéralisme, avec son cortège de recettes miracle héritées du XIXe siècle, est allé trop loin. Pour «aérer les idées» ambiantes, des personnalités québécoises du milieu universitaire et du monde des affaires, dont l'expertise en matière économique est reconnue, ont lancé hier à Montréal l'Institut de recherche en économie contemporaine (IREC).

L'institut est un organisme privé sans but lucratif, dirigé par un conseil d'administration composé de neuf personnes, dont l'ancien premier ministre Jacques Parizeau, qui sera président du comité de recherche. L'IREC assurera son financement grâce à des subventions gouvernementales fédérales et provinciales (20 % de son budget) et de dons provenant d'entreprises privées et de particuliers. Les membres de l'IREC sont tous des bénévoles, hormis deux jeunes engagés à contrat.

Ce nouveau think tank, qui vient se joindre à l'Institut économique de Montréal (droite), à la chaire d'études socioéconomiques de l'UQAM (gauche), au C.D. Howe (droite) et à l'Institut Fraser (droite), défendra et fera vraisemblablement la promotion d'idées de centre-droite et de centre-gauche.

Lors d'une conférence de presse, M. Parizeau a déclaré que le néolibéralisme était «allé assez loin» et qu'il y avait «un besoin de renouvellement des idées». Pour sa part, le directeur de l'institut, Jean Labrecque, qui a notamment été premier vice-président de la Financière Banque Nationale, a dit qu'il y avait des solutions de rechange au discours dominant qui réclame entre autres une diminution importante de la taille de l'État.

Selon l'institut, la mondialisation des marchés «nuance le pouvoir des États». Par conséquent, la capacité des gouvernements à intervenir et à résoudre les problèmes causés par la libéralisation des dernières années est de plus en plus remise en question. Dans son fonctionnement, M. Parizeau souhaite par ailleurs que l'IREC s'inspire de celui du défunt Conseil économique du Canada, où on acceptait le droit à la dissidence. «Ce droit et l'expression à la dissidence seront maintenus à l'IREC», a insisté M. Parizeau.

Une première au Québec

Pour contribuer au «renouvellement» des idées, l'IREC entend commander des études, recenser des travaux qui émanent des universités et centres de recherche, participer à la création et au développement des nouveaux instru- ments d'analyse économique, organiser des colloques et des conférences publiques et, enfin, octroyer des prix à de jeunes chercheurs lorsque l'institut disposera des fonds nécessaires.

La première action de l'IREC a été de créer, sur son site Web (irec.net), un répertoire électronique des thèses de doctorat et mémoires de maîtrise liés à l'économie publiés au Québec.

C'est d'ailleurs la première fois qu'un outil de recherche centré sur l'économie contemporaine est rendu disponible via Internet au Québec. Le site accueillera des textes, mais comprendra également des liens vers d'autres sites publics (par exemple, le Cyberthèses de l'Université de Montréal) ou privés.

À l'heure actuelle, on peut trouver une dizaine de textes sur le site de l'IREC. Mais on n'y retrouve pas seulement des textes d'étudiants. Le site accueille, par exemple, un texte de l'économiste Pierre Fortin sur la Révolution tranquille. Selon M. Labrecque, ce répertoire va donner aux étudiants une occasion supplémentaire de publier leurs travaux.

Pour mettre sur pied ce répertoire, l'IREC a décidé d'offrir, en collaboration avec la Société Saint-Jean-Baptiste et sa Fondation du Prêt d'honneur, 25 000 $ en prix pour récompenser les meilleurs travaux qui y seront inscrits. On peut retrouver les modalités du concours sur le site Internet de l'IREC.

©Le Devoir




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