Création d'un indice de sociétés québécoises

Introduction et genèse du projet
La réorganisation et la spécialisation des bourses canadiennes l'an passé a été l'occasion de démarrer une réflexion sur le besoin d'un instrument de référence pour mesurer la performance boursière des sociétés québécoises. Leur départ de la Bourse de Montréal pour soit la Bourse de Toronto ou la Bourse de l'Ouest fut le catalyseur qui a permis de mettre en marche un tel projet.

Ainsi le projet de construction d'indices d'actions de sociétés dites québécoises visent d'abord à :

  • mesurer la performance boursière de sociétés dont le siège social est au Québec et qui sont cotées à une bourse nord-américaine;
  • définir un vecteur de pondération se rapprochant de l'importance des activités économiques de ces sociétés sur le territoire québécois;
  • donner une indication de la vitalité financière de ces sociétés;
  • doter les investisseurs québécois désirant investir dans des sociétés québécoises d'une mesure de référence ainsi qu'un instrument comparable aux autres indices boursiers.

Chronologie
Fin 1999, certains organismes, ont cherché des moyens d'investir de façon systématique et rentable une partie de leurs fonds en fonction de normes établissant un « contenu québécois ». Un produit obligataire avait été développé en ce qui a trait aux obligations gouvernementales. Pour compléter la gamme de produits, un indice d'actions devait être développé et celui-ci pourrait servir de base pour la partie corporative de l'indice obligataire.

Pour répondre à ce besoin, nous avons revu les méthodes et recensé les groupes investissant selon la technique « indicielle ». Certaines caisses de retraite, notamment les caisses universitaires, avaient déjà effectué un important travail sur cette question. Un des gestionnaires de ces caisses, le Groupe Optimum (qui avait déjà conçu et rendu opérationnel l'indice obligataire de valeurs québécoises mentionné précédemment), fait partie du groupe qui a développé les idées sous-jacentes au travail ci dessous.

Après un survol de différents groupes universitaires, bancaires, de recherches et de sociétés et fondations privées, les participants suivants ont été réunis:

  • L'Action nationale qui souhaitait poursuivre ses travaux sur l'épargne et le contenu québécois des fonds de placement et des caisses de retraite;
  • le Groupe Optimum qui concevrait et rendrait opérationnel un indice obligataire;
  • la Financière Banque Nationale qui compile et publie depuis 1998 un indice de cent sociétés de petites capitalisations;
  • le département de finance de la faculté de gestion de l'Université de Sherbrooke qui assurerait le montage et les tests des banques de données ainsi que la coordination de l'ensemble de la recherche;
  • l'Institut de recherche en économie contemporaine (IREC) qui chapeauterait l'ensemble des efforts et assurerait le montage financier du projet.

Objectifs visés
Dès le début, l'objectif a été bien défini et consiste en la création d'indices universels obligataires et boursiers pondérés par une gamme de critères et non basés sur le seul critère de domiciliation. Ces indices universels doivent permettre de refléter le plus fidèlement possible l'ensemble des possibilités d'investissements offertes aux investisseurs et fournir une évaluation de l'évolution de l'activité et des valeurs québécoises. Cependant, dès le départ nous avons également centré notre approche sur des utilisations concrètes de ces indices et non seulement leur publication à titre de référence : ils doivent servir d'outils pour la canalisation et la gestion active de l'épargne québécoise. Une mention occasionnelle dans un journal ou a la télévision nous semble flatteuse mais très peu productive.

Dans le secteur obligataire, cela signifie la création de caisses communes gérées en fonction des résultats de l'indice. Dans le secteur boursier, cela implique la formation de trois indices complémentaires : un indice universel montrant l'évolution de toutes les valeurs sur le marché québécois, un indice de petites capitalisations reflétant la valeur d'un secteur crucial de l'activité économique du Québec et de son évolution future et finalement, un indice restreint, dont l'évolution serait fortement corrélée aux résultats de l'indice universel. L'indice restreint doit comprendre vingt à trente compagnies et permettre l'évaluation en temps réel des titres et par le fait même la constitution d'un nouvel outil d'investissement qui pourra être offert aux investisseurs tant institutionnels qu'individuels et coté en bourse. Il permettra un investissement ou un désinvestissement rapides sans avoir à agir sur chacun des titres. Cet indice, constitué de titres facilement négociables, devra donc aussi conduire à la création de produits dérivés (contrats à terme et options sur contrat). Ces produits offrent une utilisation immédiate pour plusieurs groupes ou institutions et ils permettent la diffusion de produits susceptibles d'accroître l'activité boursière à Montréal. Enfin, ils devraient aussi permettre à certains émetteurs de dette de relier le rendement des titres émis à un indice boursier québécois. Nous avons contacter à cet effet certains émetteurs qui ont montré un grand intérêt.

Méthodologie et plan de travail
La définition du « contenu québécois » et l'inclusion ou l'exclusion dans l'indice ne sont pas effectuées en fonction du seul critère de domiciliation de l'organisme (public ou privé). Elles dépendent plutôt d'un ensemble de critères d'évaluation regroupés autour de la contribution à l'activité économique du Québec : principale place d'affaires, conseil d'administration, dirigeants, employés, centre de production et contrôle du capital et/ou des activités. Ces critères ont toutefois dû être modifiés au cours de la recherche principalement dû à l'information disponible et à son officialité. Les sources d'informations officielles utilisées sont les suivantes :

  • Le rapport annuel;
  • La notice annuelle;
  • Le circulaire de la direction;
  • Les bases de données Bloomberg, Stock Guide, Reuters et DRI;
  • Le Toronto Stock Exchange Review;
  • Le journal Les Affaires.
Après avoir observé la nature des informations disponibles, les trois critères suivants ont été retenus pour définir le contenu québécois:
1. Centre d'influence : Pourcentage de dirigeants résidant au Québec ;
Pourcentage d'administrateurs résidant au Québec.
2. Centre de productivité : Pourcentage d'employés travaillant au Québec ;
Pourcentage de la superficie totale des immobilisations au Québec ;
Pourcentage du nombre d'usines ou de succursales au Québec ;
Pourcentage de la capacité de production au Québec ;
Toutes autres indications de la productivité au Québec.
3. Propriété : Pourcentage du contrôle détenu par des québécois (compagnies dont le siège social est au Québec ou administrateurs et directeurs résidant au Québec).

Les valeurs ne sont donc pas accumulées l'une après l'autre de façon mécanique pour créer l'indice en fonction du total des capitalisations boursières disponibles aux investisseurs (float total). Chaque titre n'est inclus qu'après pondération du float par un facteur tenant compte du montant de capital applicable de façon réaliste aux activités québécoises (float pondéré). Ce facteur est calculé en utilisant les trois critères décrits précédemment. Pour chaque critère, un pourcentage est alloué selon les classes suivantes :

Classe Valeur attribuée au critère (%)
0 0
0-20 10
20-40 30
40-60 50
60-80 70
80-100 90
100 100

Par exemple, si 14 % des administrateurs résident au Québec, le critère « Centre de décision » se voit attribuer une pondération de 10 %. Après évaluation des deux autres critères, le float pondéré est obtenu en calculant la moyenne pondérée des valeurs attribuées à chaque critère. Les pondérations étant les suivantes :

Centre d'influence 25 %
Centre de productivité 50 %
Propriété 25 %

C'est cette moyenne qui sera appliquée au float de la société en question.

Enfin, pour faire partie de l'indice boursier, les compagnies doivent répondre à trois critères dits d'entrée et de sortie qui sont les suivants :

  • Siège social au Québec ;
  • Inscription comme émetteur assujetti au sein de la CVMQ ;
  • Inscription au sein de une ou plusieurs bourses nord américaines.
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