Entrevue avec Yves Richelle
Yves Richelle, un des rédacteurs d’une Note d’intervention de l’IRÉC sur la gratuité scolaire a accordé une importante entrevue dans le numéro de juin du Bulletin de l’IRÉC. En effet, il a précisé en quoi la gratuité scolaire est un outil de politique économique et non pas un gaspillage d’argent public. Il explique que le débat entourant la hausse des droits de scolarité a mis en évidence trois problèmes de l’éducation postsecondaire, à savoir le financement des universités, l’accessibilité aux études et la gestion des universités. « Pour trouver des solutions efficaces, poursuit-il, il faut des politiques qui corrigent un problème sans en affecter un autre. La hausse des droits de scolarité ne fait pas partie de ces politiques puisqu’elle peut contribuer à apporter une solution au financement des universités, mais elle nuit à l’accessibilité aux études ».
Aborder la question du financement des universités sous-entend la question du comment. « Est-ce par la taxation, l’abandon des crédits d’impôt ou le principe de l’utilisateur-payeur? Ce dernier principe d’utilisateur-payeur en économie ne spécifie pas s’il doit payer lorsqu’il utilise le service. Les étudiants doivent-ils payer durant leurs études ou lorsqu’ils travaillent? Ce débat n’a pas été fait ».
La hausse nuit à l’accessibilité
En plus, le gouvernement reconnait que la hausse des droits de scolarité nuit à l’accessibilité, car il propose une amélioration du système de prêts et bourses pour certaines catégories d’étudiants. Mais ce système comporte lui-même des failles (pensons à la situation des étudiants à temps partiel) et entraîne des coûts pour le gouvernement (les intérêts versés aux banques, les coûts de gestion des dossiers des étudiants qui ne remboursent pas leurs prêts comme prévu, etc.).
En fait, le gouvernement corrige un problème généré par l’utilisation d’une politique inefficace en utilisant une autre politique inefficace. C’est pourquoi, pour éviter cette cascade d’inefficacité, l’économiste propose de revenir aux objectifs de base d’une société. « En économie, dit-il, elle doit être organisée pour faire en sorte que chaque individu exploite son plein potentiel, ce qui est la meilleure façon d’obtenir le maximum de richesse. Le problème est que les individus ne possèdent pas toujours toutes les informations nécessaires à une bonne prise de décision. Nous n’avons pas intérêt à ce qu’un individu qui dispose des capacités et des intérêts pour un type d’études les arrête, car s’il persiste, c’est toute la société qui gagne à long terme ».
L’information et l’expérimentation
Les quatre rédacteurs dont Yves Richelle de la note sur la gratuité scolaire
ont donc introduit une variable économique fondamentale : l’information et l’expérimentation. Ils proposent 30 crédits gratuits durant la première année à l’université. Quatre autres mesures viennent compléter cette proposition.
Ce problème d’information se retrouve dans d’autres domaines. Le principe de la gratuité existe déjà dans le secteur privé avec par exemple l’essai d’un produit pendant trois mois ou l’écoute gratuite d’un disque avant l’achat.
Il a aussi souligné qu’il est possible de faire le débat sur d’autres options comme la gratuité complète en tenant compte de l’information scientifique qui existe déjà.
Il est possible de lire la suite de cet article en devenant membre des Amis de l’IRÉC. Il est également possible de lire la Note d’intervention no 16 Gratuité scolaire « tout en payant se juste part ».
Soulignons qu’Yves Richelle détient un doctorat en sciences économiques des Facultés universitaires Notre-Dame-de-la-Paix à Namur en Belgique.
Photo : Normand Rajotte.
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