Note d'intervention numéro 19
Un économiste chevronné et chargé de projet à l’Institut de recherche en économie contemporaine (IRÉC) a fait des constats inquiétants sur la santé économique actuelle du Québec en consultant les Comptes économiques de l’Institut de la statistique du Québec. « Le fait que le Québec a été moins durement frappé par la crise financière que la plupart des pays développés ne doit pas nous amenés à croire que l’économie du Québec repose sur des bases solides. Ce serait entretenir une dangereuse illusion. La stagnation des exportations internationales du Québec depuis dix ans est le symptôme de déséquilibres importants », a déclaré Pierre Gouin à la suite de la parution de la dix-neuvième note d’intervention de l’IRÉC qu’il a rédigée.
L’économiste a identifié deux faits économiques fort révélateurs : 1) la valeur des exportations a diminué depuis dix ans et 2) il y a un endettement sans cesse croissant envers les non-résidents.
Valeur des exportations
En effet, dans le premier cas, le chargé de projet de l’IRÉC constate que la valeur des exportations de biens et services a diminué de 4,5 % entre 2002 et 2011 tandis que la valeur des importations augmentait de 27,9 %. Un tel écart de croissance est observé autant pour les biens que pour les services. Le solde commercial du Québec avec l’extérieur du Canada est passé d’un surplus de 6 milliards de dollars en 2002 à un déficit de 17 milliards en 2008, puis de 23 milliards en 2011.
Il constate aussi un solde négatif avec des pertes d’emplois manufacturiers dans les secteurs du bois, du meuble, du papier, du caoutchouc, des plastiques et des produits électriques. « Dans la majorité des pays développés, on a assisté à des interventions gouvernementales majeures pour contrer cette tendance et éviter la désindustrialisation. L’intervention de l’État peut se justifier et le Québec ne peut pas se passer plus longtemps d’une politique industrielle bien conçue », a expliqué l’économiste.
Endettement accru envers les non-résidents
Concernant le deuxième aspect, les dernières données montrent que la demande intérieure s’est accrue en moyenne de 4,6 % par année entre 2002 et 2011 tandis que le produit intérieur brut augmentait de seulement 3,7 %. Seuls l’investissement des administrations publiques et la construction résidentielle ont affiché une croissance moyenne sensiblement supérieure à la croissance du PIB.
Les derniers documents budgétaires indiquent que les immobilisations du gouvernement du Québec lui-même ont augmenté très fortement depuis une dizaine d’années et que cela a entraîné une hausse importante de la dette publique québécoise. « Une telle croissance au même rythme que l’économie n’est pas un problème, même si elle est financée par la dette, mais le secteur public ne peut pas demeurer le principal moteur de croissance de l’économie sur une longue période. Une très grande rigueur est donc nécessaire dans l’appréciation de la situation économique et financière actuelle du Québec si nous ne voulons nous retrouvés démunis dans quelques années devant une soudaine flambée des taux d’intérêt par exemple», a conclu Pierre Gouin.
Pierre Gouin détient un diplôme d’études approfondies (D.E.A.) en économie de la production en 1980 à l’Université de Paris-X, une maîtrise en sciences économiques en 1979 et une maîtrise en mathématiques en 1970 à l’Université de Montréal. Son expérience professionnelle comprend notamment l’occupation d’un poste de directeur à la Caisse de dépôt et placement et d’un poste de directeur à la direction de la planification financière au ministère des Finances du gouvernement du Québec.
Photo : Normand Rajotte.
Il est possible de télécharger la Note d’intervention de l’IRÉC no 19. Un communiqué de presse a aussi été publié.
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