Une importante contribution de la Revue Vie économique
La Revue Vie économique vient de mettre en ligne son plus récent numéro sur le thème Quel avenir pour l’éducation postsecondaire ? Des chercheurs dont plusieurs de l’IRÉC ont apporté des contributions originales à la diversité des enjeux qui se posent au Québec dans le domaine de l’éducation postsecondaire. C’est ainsi que tout en analysant la question des droits de scolarité qui touche à l’accessibilité aux études et à celles du rôle et de la place des institutions postsecondaires en région, qui participent activement au développement régional, le comité éditorial s’est penché sur les changements en profondeur qui traversent toutes les sociétés et qui ont un impact sur l’éducation.
Le comité éditorial s’inquiète par exemple du désengagement de l’État dans le financement de l’éducation qui a un impact négatif sur la répartition des services universitaires de qualité sur l’ensemble du territoire québécois. De plus, pour suivre la cadence de la compétitivité, il constate que toutes les composantes du système éducatif québécois se placent dans une position de concurrence les unes envers les autres. Les intérêts de plus en plus mercantiles des institutions universitaires, au Québec comme ailleurs, semblent dorénavant l’emporter sur la mission d’éducation, d’outil d’émancipation, qui devrait être la leur. Au Québec, cette évolution débouche sur une concurrence stérile entre les institutions et au dérapage vers des investissements toujours plus importants dans la brique et le béton, plutôt que dans la formation aux étudiants et dans la recherche fondamentale.
Une des contributions d’un chercheur de l’IRÉC se penche justement sur une nouvelle formule de financement : les partenariats public-privé. Cette première monographie sur un cas de PPP dans le secteur universitaire se penche sur celui de l’Université du Québec à Rimouski (UQAR). Elle démontre les faiblesses inhérentes à cette formule de financement pour le développement de projets. En effet, un certain nombre de constats s’imposent dans le cas précis du partenariat public privé à l’UQAR: 1) l’université encourt la plupart des risques alors que le promoteur privé est protégé de toutes parts; 2) l’entente est rigide et contraignante pour l’université qui doit définir ses besoins pour une période beaucoup plus étendue que ce que la nature de ses activités lui permet; 3) il n’est pas du tout évident que cela se fasse à un coût moindre pour l’université; 4) il y a un glissement vers la sous-traitance et la substitution d’emploi dans le secteur de l’entretien; 5) ce glissement risque de se traduire par une détérioration des conditions de travail des employés du secteur.
« Malgré une santé financière chancelante, nous dit le chercheur, l’Université du Québec à Rimouski a réussi à bâtir un nouveau campus à Lévis en se liant pour vingt-cinq ans avec un partenaire privé. Le Ministère de l’Éducation, des Loisirs et des Sports a laissé faire. L’UQAR s’est lancée en affaire, s’est engagée à se faire promoteur immobilier en prenant le parti d’axer son expansion en se dirigeant vers un bassin démographique qui deviendra inévitablement le principal pôle de croissance de son recrutement. Délocalisation, dérive clientéliste et hypothèque sur l’avenir, le PPP aura servi à esquiver des débats de fond, il aura fait écran comme le fait tout parti-pris idéologique : le commerce a changé l’université, sa gestion marchande lui impose des choix auxquels elle est en train de sacrifier sa mission et son héritage. Autrement dit, au-delà de la formule PPP cet exemple permet de questionner une approche de gestion du monde universitaire dont les dérives risquent de remettre en question un modèle de développement qui avait fait ses preuves ».
Le dossier sur l’éducation de ce numéro se clôt sur une contribution collective d’un groupe de chercheurs de l’IRÉC (Jules Bélanger, Oscar Calderon, Yves Richelle et Henri Thibaudin) qui se demandent s’il est possible de concevoir un système qui permettrait de maintenir un niveau donné de financement des universités en améliorant l’accessibilité aux études universitaires tout en laissant inchangée la contribution des autres citoyens à l’éducation universitaire à travers leurs impôts et taxes. Énoncée en cinq points, leur proposition cherche à répondre à deux problèmes liés à l’éducation universitaire : 1) un problème d’information sur les bénéfices de la réalisation des études et 2) un problème de diminution de la performance scolaire ou de la persévérance scolaire liée au travail durant les études. Ils montrent qu’il est possible d’accroitre l’accessibilité aux études postsecondaires sans nuire au financement des universités et sans exiger une plus grande contribution des contribuables.
Les autres auteurs ayant contribué à ce numéro très riche sur l’éducation sont Marc-Urbain Proulx, directeur du Centre de recherche sur le développement territorial à l’Université du Québec à Chicoutimi, Marie Blais, chargée de cours au Département d’études urbaines et touristiques de l’UQAM, Pierre Dubuc, directeur et rédacteur en chef de L’Aut’journal, Jean Trudelle, professeur et ex-président de la FNEEQ (CSN), Pierre Kamanzi, étudiant à l’Université Laval, Pierre Doray, professeur au Centre interuniversitaire de recherche sur la science et la technologie (CIRST) du Département de sociologie de l’UQAM, Benoît Laplante?professeur au Centre Urbanisation Culture Société de l’INRS, Mircea Vultur, INRS Urbanisation Culture Société et Louis-Philippe Savoie, recherchiste Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ).
Deux chercheurs de l’IRÉC, Jules Bélanger et Gilles L Bourque étaient membres du comité éditorial. Jean Trudelle et Céline Saint-Pierre complétaient l’équipe.
Il est possible de télécharger le vol 4 no 1 de la Revue Vie économique portant sur l’éducation.
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